Book
RÉSERVEZ VOS PLACES
Lundi 8 Août 2016
Cristina Branco, Bernardo Couto, Bernardo Moreira, Luis Figueiredo
NUIT DU FADO CRISTINA BRANCO
Quel bonheur de recevoir à nouveau cette artiste charismatique et d’une si belle sensualité. Souvenez-vous, il y a 4 ans, sa voix vous avait bouleversé et vous l’aviez acclamé comme rarement. Egérie du label Universal, Cristina Branco a su redonner au fado une couleur nouvelle. Elle va nous guider dans les ruelles colorées du quartier de l’Alfama de Lisbonne, dans ces arrière-cours et ces tavernes où l’on chante le fado nuevo. Elle racontera ce qu’est l’origine et l’essence du fado, et elle le chantera.
Plein tarif : 50€
Tarif réduit : 25€
(pour les jeunes et étudiants)
Réserver
Château de la Moutte
Accès
Arrow link back Retour
au programme
Cristinabranco menina%28c%29vera marmelo
Cristina Branco

Vivre le Fado* comme on le respire

A propos de la vie et de la musique de Cristina Branco (née en 1972 à Almeirim au Portugal), on peut dire – comme Amália Rodrigues dans l'un de ses textes – qu'elle vit et respire le fado.

C'est par un heureux concours de circonstances que cette musique appelée fado est entrée dans la vie de Cristina, même si d'une certaine manière c'est Cristina – avec son audace d'esthétique et son style unique d'interprète – qui tombe sur le fado et, de surcroît, le fado dans sa forme traditionnelle, musicale et sociale la plus profonde. "Je me souviens que c'était une sorte de jeu au début", dit-elle, "lors d'une soirée faite de chansons entre amis."
Avant cette époque – son adolescence – rien chez Cristina ne laisse présager qu'elle deviendra chanteuse de fado. Avant de pénétrer dans l'univers des menores, mourarias ou maiores ** avec ses amis et, plus tard, des adultes, elle ne fréquente jamais les clubs où l'on chante le fado; d'ailleurs, elle n'a jamais écouté un disque de chanteuse connue. Elle ne connait que les quelques chansons que son grand-père maternel chante pour lui-même. C'est sur ses paroles et mélodies qu'elle improvisera plus tard, sans savoir comment elles se sont introduites au fond d'elle-même, et encore moins de quelle façon elles décideront son sort. Mais à l'époque elle se sent attirée plus par Billie Holiday et Ella Fitzgerald, par Janis Joplin et Joni Mitchell, que par Amália Rodrigues. A l'âge de 18 ans, donc, lorsque son grand-père lui offre Rara e Inédita ["Enregistrements rares et inédits"] – c'est une œuvre majeure (et méconnue) de la plus grande diva de la musique fado – elle n'a pas encore la moindre idée que ce cadeau changera sa vie.

A vrai dire, il se trouve que, plusieurs mois avant de monter sur scène pour la première fois (Amsterdam, Zaal 100), Cristina ne s'est jamais prise pour une chanteuse amateur, ni même une amatrice occasionnelle, comme c'est souvent le cas avec de nombreuses chanteuses qui se tournent vers le fado, que ce soit pour s'occuper ou pour libérer leurs émotions. Si le fado occupe une place dans sa vie d'adolescente, ce fado n'existe chez elle qu'au sens étymologique propre – comme fatum, destin – puisque le sort a voulu que Cristina possède (avec grâce) une grande sensibilité aux mots. Jusqu'en 1996, en fait – elle a 24 ans à l'époque – ses seules performances en tant que "chanteuse" se limitent aux deux ou trois prestations fortuites qu'elle donne malgré sa timidité.

Jeune, elle veut pratiquer un autre "art", le journalisme. C'est peut-être pour cela que les mots (vocables chargés***, dit-elle) ont toujours reçu des attentions particulières, dans ses disques comme dans tous ses projets actuels, et même dans tout ce qu'elle fait. Cristina chante des poètes, non seulement les meilleurs du Portugal (Camões, Pessoa, David Mourão-Ferreira, José Afonso…) mais aussi ceux de pays très différents (Paul Éluard, Léo Ferré, Alfonsina Storni, Slauerhoff) et, à sa façon, elle transforme le fado pour qu'il représente l'héritage poétique et littéraire du Portugal. Plus d'une décennie après ce premier concert au Centre Culturel Portugais d'Amsterdam – sur une scène qui a vu José Afonso, Carlos Paredes, Sérgio Godinho et bien d'autres avant elle – ses pairs reconnaissent la puissance et le cœur de Cristina: elle accorde tant d'importance à la poésie comme symbole de l'humanité de son art. Certes, la poésie caractérise son œuvre, alignée sur une sollicitude encore plus grande: la clarté d'expression et les exigences de la diction. Quand Cristina chante un poème, avec toute sa sensualité cristalline, sa voix semble donner forme à son âme.

Avec le fado, des aspects tragiques de la vie sont mis en évidence; en l'écoutant, on s'attend à rencontrer ces souffrances, désirs et impuissances face au destin. Cette (ancienne) tradition a créé des “formules” pour exprimer de tels sentiments, mais leur galvaudage a fini par diminuer la puissance de cette riche forme musicale, en la vidant de son émotion et en l'éloignant du texte. Cristina Branco, cependant, a pris un autre chemin, avec individualité, singularité, et même une joie extatique, comme dans la chanson la plus emblématique de sa carrière, “Sete Pedaços de Vento” (“Sept Fragments du Vent”), extraite d'Ulisses ("Ulysse"). En prenant ce chemin, Cristina a parfois fait trembler les piliers du soi-disant fado traditionnel. Mais le voyage musical de Cristina reste une infusion de sensualité qui témoigne de sa lassitude à l'égard du passé.
Sans chercher la création d'une rupture naïve avec la tradition, elle creuse plutôt le meilleur de celle-ci, comme en témoignent les chansons classiques de sa discographie. Par son originalité, Cristina Branco redonne vie à cette tradition, et dans tous ses enregistrements elle crée à l'intérieur du fado des rapports fructueux entre les textes et la musicalité inhérente au genre.

Cristina Branco crée toute l'émotion que ce style musical nous propose dans ses rapports intimes entre voix, poésie et musique. Avec d'autres jeunes musiciens ayant trouvé – depuis le milieu des années 90 – leur propre expression dans le fado (contribuant ainsi à revigorer étonnamment cette forme originaire de Lisbonne), Branco a commencé à définir son propre voyage en le prenant par la main, et il est devenu un voyage où le respect de la tradition accompagne le désir d'innovation. Même si rien dans son enfance ne laisse présager un tel destin, il est évident aujourd'hui qu'elle a créé pour le fado un style sans précédent qui est peut-être unique.

Tiago Salazar, le 5 octobre 2008

* note du traducteur: le mot fado signifie aussi bien la complainte portugaise traditionnelle que le sort ou le destin.

** note de l'auteur: des types de fado spécifiques, littéralement mineur, maure et majeur.

*** note du traducteur: la référence est un texte très connu (et difficile à déchiffrer) du chanteur-auteur-compositeur portugais José Afonso.

Plus
Minus